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Amor Habes, DG de Faderco



Le patron du groupe FADERCO nous livre ses quatre vérités sur un secteur qu’il maîtrise parfaitement et semble proposer des axes de réflexions au gouvernement afin de booster le métier du papier et de la cellulose. La première mesure est de fédérer l’ensemble des intervenants dans le secteur. Monsieur Habes révèle également, dans l’entretien qu’il a bien voulu nous accorder, que le groupe qu’il représente a d’ores et déjà engagé une étude de marché sur la filière de la cellulose en Algérie. Une étude qui va être soumise incessamment aux responsables… 

«L’État doit surmonter le tabou en s’affichant aux côtés de l’investisseur»

Crésus : On dit aujourd’hui que l’Algérie est un pays qui ne produit rien. Cela peut choquer certains, mais pensez-vous qu’il y ait des secteurs où l’Algérie est autosuffisante aujourd’hui ? Vous, en votre qualité d’exportateur, qu’en pensez-vous ? Est-ce que l’Algérie a une production ou non ?

Amor Habbes : ce qu’il faut savoir, ce qu’il faut retenir et c’est très important : c’est que l’Algérie s’est engagée dans un cycle d’industrialisation du pays. Nous avons connu dans les années soixante-dix, la grosse industrie, les gros complexes industriels, qui étaient donc drivés et dirigés par le secteur public. À la fin des années quatre-vingt, l’État décide d’ouvrir le secteur industriel à l’investissement privé. À cette époque-là, on a vu la naissance de petites industries familiales. Certaines ont continué, c’est le cas de Faderco. D’autres n’ont pas tenu le choc des années quatre-vingt-dix.

Elles ont donc très vite disparu. Pour celles qui restent encore sur le marché, elles se sont assez bien développées. La troisième phase, qui est celle des années quatre-vingt-dix, en plus des troubles que le pays a connues, il y a eu aussi la crise financière. Tout cela n’a pas favorisé l’éclosion et le développement de ces entités industrielles. C’est pour cela que je préfère dire que le véritable développement de l’industrie privée en Algérie a eu lieu ces dix dernières années. Nous sommes donc passés par un trou d’air, des zones de turbulences. Les choses sont relativement stables depuis une dizaine d’années. Durant ces dix à quinze dernières années, des sociétés, notamment familiales, ont développé leur industrie. Aujourd’hui, le constat est là ! Nous avons des sociétés organisées et structurées en groupes. Nous avons des sociétés ou des groupes qui sont orientés par métiers, par filières ou par segments.

Nous avons aujourd’hui l’apparition de champions dans l’industrie agroalimentaire, dans l’industrie de l’électronique et l’électroménager, nous avons des champions dans la cosmétique et nous avons comme dans le segment où nous activons nous, une présence affirmée dans le secteur de l’hygiène corporelle et des dérivés de papier ou de cellulose. Le constat est là.

Il reste positif. Cependant, il ne faudrait pas oublier que cela s’est fait dans la douleur. Durant ces quinze dernières années, le développement du secteur de l’industrie aurait pu aller encore plus vite s’il y avait eu une meilleure maîtrise de l’ouverture du marché. On en fait aujourd’hui un constat amer : les produits importés ou la revente en l’état a fait beaucoup de mal au développement, voire ralenti le développement de l’industrie algérienne. On en paye les frais à présent. C’est maintenant que l’État commence à prendre des mesures – peut-être pas toujours les bonnes – mais ce sont des mesures pour freiner ces importations massives de produits manufacturés prêts à la vente.

Pour revenir à votre question, je pense qu’il urgent aujourd’hui de mettre en place une stratégie où l’industrie en Algérie doit œuvrer à atteindre déjà une substitution aux importations. Pour un chef d’entreprise, les choses sont simples : il n’y a qu’à regarder la balance des importations de l’Algérie, prioriser et dire voici le segment vers lequel nous tendons. Ce que nous faisons dans notre groupe. Nous avons commencé avec des produits d’hygiène à base de coton, nous sommes allés vers les produits d’hygiène portés tels que les couches-bébés, l’hygiène féminine et, depuis 2012, même les produits d’incontinence ayant représenté par le passé une lourde part dans les importations du pays. Nous avons installé des lignes de production dans les normes. Depuis 2013, à transformer des produits de papier, à partir des bobines-mères des produits de papier. Néanmoins, on ne s’est pas arrêté là parce que dépendants de importations. Nous importions nous-mêmes nos produits de papier, des bobines-mères de papier. Nous sommes passés très vite à produire, en 2015, nos propres bobines-mères de papier. À présent, nous fournissons plus de 80% de la demande nationale de papier. L’Algérie est passée en deux années, du statut d’importateur de bobines-mères à celui de fabricant. Je ne parle pas que de Faderco mais aussi des autres fabricants qui, eux aussi, étaient dépendants de bobines-mères (qu’ils importaient soit de Tunisie, d’Europe ou même de Turquie) au statut d’exportateurs. Tout cela pour vous dire que, si derrière la vision est claire, et tracée, s’il y a un accompagnement légal pour ce développement-là, les choses deviennent non pas faciles mais faisables.

 

M. Habbes, vous avez parlé de groupes industriels, de segments de métier et de substitutions aux importations. Vous savez très bien que la cosmétique que vous citez en exemple dépend des intrants importés, de même que les sociétés d’électroménager ne sont en fait que des usines de montage. Alors où est la production là-dedans ?

Justement, il ne faut pas se leurrer. Effectivement, l’industrie algérienne dépend encore beaucoup d’inputs ou d’intrants provenant de l’extérieur. Prenons le cas du papier où l’Algérie importait jusqu’à du papier toilettes, du papier mouchoir d’usage quotidien que nous jetons dans la poubelle et qui était importé soit de Tunisie, d’Égypte, de Turquie ou d’Italie. Depuis 2012 et les données du CNIS sont là pour soutenir mes propos, nous avons réduit sur ce segment-là de 50 millions d’US dollars d’importations par an. Justement, nous étions dépendants jusqu’à 2015 de la bobine-mère de la pâte à papier.

Nous avons décidé d’être un acteur majeur dans ce secteur, et nous avons sur ce plan lancé un investissement. En septembre 2015 notre première bobine-mère de pâte à papier destinée aux transformateurs est sortie. Nous sommes arrivés à réduire jusqu’à 70 millions de dollars d’importations de l’Algérie. Il est vrai que l’Algérie ne peut pas tout produire, peut-être même qu’il ne faudrait pas tout produire par soi-même par ce qu’on ne peut pas. À propos de l’électronique, même les groupes mondiaux font produire leurs matériels dans des usines spécialisées parce qu’il y a des économies d’échelle.

Pour dire vrai, cela revient pour l’État algérien ou pour les États, moins cher, sur certaines plateformes industrielles partout dans le monde, que localement. Ensuite, c’est justement cette cartographie qu’il faudrait que nous avec les institutions, la mettions en place pour identifier d’abord les filières à développer avec qui et dans quel contexte. Voici le travail qui doit être fait. L’exemple de la Corée du Sud qui a tracé tout son développement, il y a de cela cinquante ans, sur ce schéma-là. La Corée du Sud a décidé d’avoir de grands groupes dans l’électronique, des grands groupes dans l’automobile, des grands groupes de le naval et cela s’est développé.

Je pense que la priorité, pour l’Algérie, c’est déjà de produire ce que nous consommons et ce que nous importons massivement : produire du chocolat, de la mayonnaise, produire de la tomate, produire des pâtes, ce qui a déjà été engagé, produire du papier, des couches-bébés, du shampoing. Ce n’est pas si compliqué à faire. Ce sont des produits de base qui peuvent être produits localement.

 

Il y a un manque de vision que les acteurs économiques tel que vous qui êtes sur place vous pouvez combler grâce à une jonction avec le pouvoir politique pour identifier les problématiques. Est-ce que cela se fait ? Le patronat était très actif à un moment donné, il occupait les médias et il a sillonné les places fortes de l’économie mondiale pour acquérir le savoir-faire. Mais, malheureusement, on constate que les importations ont augmenté et la crise s’est aggravée, la vision politique est toujours absente. Que pouvez-vous dire de tout cela ?

Il y a effectivement deux questions, deux approches. Je commence par la question de la vision et de la confiance que doit avoir l’opérateur. Il est vrai que je préfère plus parler de manque de vision que de manque de confiance. D’un côté, il est vrai que durant les quinze dernières années on nous demandait d’investir mais derrière les ports étaient ouverts à tous types de produits qui arrivaient de l’extérieur.

En tant que chef d’entreprise, je ne peux engager de capital d’investissement, engager notre société ou notre groupe dans des investissements très souvent très lourds, sachant que le produit qui va arriver de l’extérieur, d’abord il est très souvent taxé très faiblement quand ce n’est pas à zéro pour cent de droits de douane dû aux accords d’échanges signés avec l’Union européenne ou la zone arabe de libre-échange.

D’un autre côté, n’ayant pas de visibilité sur la vision et la stratégie du gouvernement dans le cadre de l’accompagnement, de soutien de l’entreprise productive, parce qu’aujourd’hui il n’est pas normal que nous subissions, nous créateurs de valeur-ajoutée au pays, que nous soyons traité au même niveau qu’un importateur qui travaille pour des multinationales, des sociétés qui sont basées en Tunisie, en Égypte, en Europe ou en Chine. Je ne dis pas qu’il faudrait fermer car bien au contraire l’ouverture est excellente pour la mise à niveau des entreprises.

Avec des produits étrangers sur le marché algérien est une excellente chose. Donc je ne prône pas la fermeture mais plus de souplesse et plus d’encouragement concret aux producteurs locaux. Les encouragements sont divers : une exonération sur les matières premières, aujourd’hui il y a des intrants qui rentrent dans le process industriel et qui sont taxés entre 15 et 30% alors que le même produit fini importé est taxé à 0%. Je donne l’exemple de la couche-adulte et une injustice qui a été rétablie il y a une année. En remettant des taxes de 30% sur des couches pour adultes, cela nous a permis à nous d’exploiter aujourd’hui, à 65% nos capacités de production qui étaient installées. Cela veut dire que nous avons créé de la main-d’œuvre locale, nous avons augmenté notre assiette d’imposition, donc nous payons plus de taxes, l’État est actionnaire avec nous, donc c’est le Trésor public qui gagne derrière et on importe moins. Par conséquent, il y a moins de fuite de la devise, principale ressource de l’Algérie vers l’étranger.

 

Ne pensez-vous pas qu’il y a un certain lobbying en faveur des hommes de l’importation au détriment de la production ?

Le lobbying existe partout dans le monde. Même nous en tant que chefs d’entreprises ont doit avoir notre lobbying. On essaye de le faire via le patronat. Le lobbying des importateurs existe et il est très puissant. Oui chacun doit défendre ses intérêts.

 

Mais c’est la loi qui est garante des intérêts.

Mais justement ! La loi fait une discrimination positive entre le producteur local qui emploie, qui est à jour dans ses cotisations, qui paye ses impôts, et l’importateur qui alimente le circuit informel. Mais il y a deux types d’importateurs aujourd’hui. Il y a celui qui assure une logistique à ses importations et qui alimente le marché dans les règles de l’art et celui qui alimente le circuit informel, qui fait son lit sur de l’argent non déclaré….

Mais tant que l’acte d’importer restera plus lucratif, plus bénéfique que celui de produire, l’intérêt va aller à l’importation. Si demain, la tablette de chocolat, en la produisant avec les mêmes normes et qualité internationales, reviendrait à plus de 50% pour le chef d’entreprise que de l’importer, croyez-moi que les importateurs reverraient leur copie et retraduiraient leur capitaux en investissements. Mais aujourd’hui, importer du chocolat, des couches bébés ou du papier toilettes (le papier toilette est taxé à 0,5% de droits de douane), cela veut dire que l’idéal serait d’ouvrir un registre de commerce comme importateur de papier et aller importer des conteneurs de papier toilettes et je passe les questions de surfacturations que les pouvoirs publics connaissent et maitrisent très bien aujourd’hui. C’est le mal qui ronge aujourd’hui notre économie.

Vous avez parlé du patronat. Il faudra savoir revenir tout d’abord aux principes du patronat. Le patronat s’est une force de propositions. Nous ne sommes ni une institution, ni un ministère mais nous sommes une association qui propose des solutions. Ensuite, c’est un canal de communication avec les autorités, les institutions et le législateur. Effectivement, le patronat a engagé des visites, a été médiatisé. C’est la démarche qui avait été engagée pendant deux ans. Je ne suis pas contre. J’en fais partie. Mais dans cette démarché, l’idée c’était de dire que nous existons en tant qu’interlocuteurs, en tant qu’acteurs de l’économie algérienne. Souvenez-vous qu’à la fin des années 1990, en 1999, à l’arrivée du président Bouteflika à la présidence de la République, le premier mandat a été dédié principalement aux voyages, aux déplacements et de tous les acteurs politiques algériens à l’étranger pour redorer l’image de l’Algérie sur la scène internationale.

Le patronat, dans la démarche, a fait la même chose. Autrement dit, dire qu’on existe, signer de conventions, aller au Canada, en Grande-Bretagne, à Dubaï, en Turquie et de dire aux hommes d’affaires et aux forces qui font les économies de ces pays-là qu’en Algérie aussi il y a une force économique, des acteurs qui sont dans la production, dans la dynamique économique du pays, et pour vendre d’abord l’image de l’Algérie mais d’abord le business de l’Algérie et l’investissement en Algérie, de dire qu’on existe. Parce que très souvent, on entend dans des chancelleries, dans des rencontres internationales qu’on n’a pas d’informations et nous ne savons pas avec qui traiter en Algérie, nous ne savons pas que cela existe. Nous y allons pour dire que nous avons une industrie agroalimentaire, nous avons une industrie de la cellulose et de l’électroménager.

Maintenant, on commence même à parler d’une industrie automobile même si tout le monde en parle aujourd’hui, mais il y a une base. Et puis pourquoi ne pas commencer par cela et d’autres industries ? Pourquoi pas demain la pétrochimie ?Comme je vous ai dit tout à l’heure, l’Algérie doit produire mais on doit se décider quoi, quels sont nos atouts ? L’acier est un atout pour l’Algérie, les minerais, la pétrochimie et la transformation de nos hydrocarbures, que pouvons-nous faire de notre gaz ? Pourquoi fabriquer des téléphones mobiles, des ordinateurs ou des tablettes quand il y a des secteurs plus porteurs qui peuvent justement rendre l’Algérie.

 

Il y a des secteurs dans le monde qui sont saturés et cartellisés qu’il est difficiles de pénétrer.

La mise en valeur des ressources naturelles et leur transformation localement est la clé de succès pour les économies des pays. Vous savez que la Malaisie aujourd’hui exporte à 100% son pétrole et importe du pétrole de moindre qualité pour fabriquer localement des carburants. Parce que le pétrole malaisien est d’une qualité nettement supérieure donc cela lui permet une belle valeur-ajoutée pour son économie.

 

Vous avez parlé du patronat qui a voyagé pour faire connaitre le marché algérien aux étrangers. Ces étrangers se plaignent justement de la bureaucratie et des entraves à l’investissement. Ma question est : est-ce que le patronat fait un travail de dialogue avec les pouvoirs publics parce que c’est eux qu’il faut convaincre avant l’étranger souhaite investir en Algérie… 

Vous avez entièrement raison. Je vous rappelle qu’il y a dix ans, on parlait des IDE. J’avais dit à l’époque, à titre personnel dans un meeting, que ce n’était pas à l’État de promouvoir les IDE, mais que c’était aux champions industriels locaux d’aller ramener des investisseurs étrangers parce que cet étranger vérifiera d’abord si l’investisseur local est épanoui chez lui et s’il se développe. Il ne regarde pas les politiques. Une fois la phase champions industriels passée, et on n’est pas champion en deux ans, sauf s’il est dopé par les pouvoirs publics et il n’y a pas de mal à cela, ce n’est pas un tabou même si, très souvent chez nous, on fait un lien entre l’entrepreneur et l’État, car l’État doit aider l’entrepreneur. Il n’y a aucun mal à ce qu’il le fasse et qu’il le soutienne ouvertement comme il a soutenu la SNVI, El-Hadjar. De même qu’il est tout à fait normal que l’État puisse soutenir un champion local, qu’il le dope pour atteindre une certaine taille, disons trois ou quatre ans. Les mécanismes existent, la manière de faire existe. Mais on parle de la volonté de faire. Vous savez qu’il y a 4 ou 5 années, l’État français est entré dans le capital de Peugeot pour en ressortir il y a six mois de cela parce que le constructeur automobile français est passé par une phase très critique dans son développement. L’État français est aussi dans le capital de Total et dans celui d’Air France. Pour dire que l’État doit soutenir ses entrepreneurs parce que l’économie d’un pays est visible à travers ses entrepreneurs. Chez nous, tant qu’on n’a pas adopté cette démarche-là, tant que les entrepreneurs sont dans un côté et les autorités de l’autre, la brèche restera ouverte à une menace pour notre économie nationale.

 

Il y a déjà la menace de l’informel

Oui, mais il n’y a pas que l’informel. Demain on ne sera plus maitre de notre économie. En tant qu’État algérien, je souhaiterais que l’économie soit dirigée par des acteurs locaux, comme en Turquie. Et mon acteur local, c’est lui qui gérera pour moi les IDE et les investisseurs étrangers devant passer par l’acteur local. Cela nous amène à l’idée du 51/49. Je pense que c’était ça l’idée du président de la République : renforcer le partenaire local. Mais on n’est pas encore allé au bout de l’histoire, c’est-à-dire la phase de création des champions industriels. On en avait parlé dans un des gouvernements il y a dix ans de cela de cette histoire de champions d’industrie. On commence à en voir même si c’est long et que derrière il subsiste encore des entraves. Mais un entrepreneur ne sera jamais champion si les produits d’importation continuent à rentrer sans aucune barrière, ni restriction, sans aucune limite de volume. Ce qu’il faut aussi savoir c’est que les entreprises exportatrices d’Europe, de Turquie ou de la zone arabe ont leur État derrière elles pour les encourage à le faire, à s’installer même parce qu’il va y avoir de la devise qui va rentrer dans leurs caisses. Les grands groupes turcs qui viennent en Algérie ne viennent pas seuls mais avec une batterie de mesure, encadrés par leur État. Ces entreprises sont sélectionnées.

 

Alors que chez nous, on interdit toujours à un Algérien d’aller investir à l’étranger….

Aujourd’hui, on parle beaucoup d’Afrique. Notre groupe exporte sur l’Afrique mais cette exportation est une démarche que nous avons prise individuellement. Ce n’est pas parce que l’État encourage, cela devient une nécessité. Quand une société ou un groupe industriel comme Faderco atteint une taille critique, il faut savoir que le marché local ne lui suffit plus. Nous sommes aujourd’hui obligés d’aller regarder au-delà de nos frontières pour placer nos produits. Si on ne le fait pas, on devient très fragile même en Algérie. Faderco a des marchés au Sénégal, en Côte d’Ivoire, en Tunisie, au Maroc, en Mauritanie, au Mali. Si on ne le fait pas on devient vulnérable sur notre propre marché national. Si demain il y a une menace extérieure d’une multinationale qui veut s’installer en Algérie, soyez sûr qu’on devient très fragile, vulnérable et on risque de disparaitre. Mais si vous avez des soupapes dans certains marchés, vous allez vous battre en Algérie mais vous allez aussi titiller sur les marchés à l’extérieur même multinational.

 

L’État ne vous aide-t-il pas dans l’exportation et l’investissement. Quelle est la réalité de tout ça ?

Moi je pense que l’État a beaucoup de choses à faire. Sa mission aujourd’hui est un cumul d’actions à mettre en place. D’abord, tracer une vision et cela commence. Il ne faut pas que ce soit un tabou que l’État dise qu’il va aider telles groupes de sociétés dans cette filière et qu’il sera derrière ces entreprises. Il faudra le dire ouvertement. Mais à condition que l’investisseur remplisse certains critères. Il faudra que l’État soit partenaire et opérateur, qu’il soit un vrai investisseur, un créateur de richesses. Aider cet opérateur ne veut pas dire lui donner de l’argent. Jusqu’au jour d’aujourd’hui l’aide de l’État se fait discrètement mais il faudrait l’afficher publiquement et dire oui j’aide mon investisseur mais je voudrai qu’il reste dans ce cadre-là. 

C’est cette rupture qu’il y a entre les autorités et les opérateurs sérieux qui font le lit de l’informel et des dérapages. En Algérie, on vit avec les syndromes, ce n’est pas la peine d’en citer mais on fait des lois et on prend des décisions par la suite d’un problème qui s’est posé ou d’un dérapage. Maintenant, il faudrait cadrer les choses. Il y a encore des secteurs tabous tel que l’aéronautique, les finances, les banques et je comprends l’État parce qu’il y a eu de graves dérapages. Mais tirons les leçons de ces expériences, cadrons les choses et que chacun fasse son métier. L’opérateur qui doit faire la finance, il l’a fera mais il ne fera que ça et cela se fera dans un cadre structuré, organisé et suivi comme cela se passe partout dans le monde.

 

Ça sera du paternalisme alors !

Non ça sera beaucoup plus du patriotisme économique et non pas du paternalisme. C’est d’ailleurs le slogan des Américains. L’activité publique ou privée reste nationale. L’activité que l’entreprise aura contribué à créer restera nationale, les emplois aussi, ils sont Algériens. Il faut savoir qu’aujourd’hui le Trésor public est actionnaire à 30% dans toutes les activités en Algérie. Et c’est tant mieux. Par contre, avec la société étrangère qui vient s’installer, que vous ne contrôlez pas, et à qui vous avez ouvert toutes les portes, la mission de patriotisme économique n’existera jamais. Au contraire, elle existera dans l’autre sens. C’est clair et dans la réalité c’est ce que nous vivons tous les jours. 

Malgré tout cela nous avons résisté et nous avons réussi à créer un embryon d’une base industrielle. Je vous cite un exemple dans les produits pharmaceutiques : il a fallu que l’État algérien décide que tout produit fabriqué localement sera interdit à l’importation pour que cela réduise la facture d’importation et, bien plus, que cela créé une base industrielle forte en Algérie et qui se développe encore. Mieux que ça. Quand vous avez une multinationale et de grands groupes dans le secteur pharmaceutique et que vous interdisez des produits sous molécules d’entrée en Algérie, la première chose qu’ils vont commencer à faire c’est de venir la fabriquer localement sinon ils perdent le marché.

 

En faisant ça il y a le risque de créer un monopole sur le marché et l’État est contre tout monopole.

Nous fabriquons mais nous ne sommes pas les seuls sur le marché. La question que je me pose : pourquoi les importateurs continuent à importer alors qu’ils ont tout à gagner à passer au statut de producteur local ? Et bien c’est parce que l’État n’exige aucune taxe ou droit de douane à ces produits importés. Mais vous mettez le doigt sur la plaie. La faute n’incombe pas seulement aux autorités, c’est aussi une question de niveau de maturité à atteindre de la part des opérateurs. Nous avons commencé dans notre secteur à nous organiser en consortium. On a engagé une étude qui va bientôt s’achever et que nous allons présenter au ministère concerné. C’est une étude la filière de la cellulose en Algérie. C’est une étude de marché tout d’abord dont les enjeux sont de montrer et de mettre en avant les risques et les opportunités que contient la filière de la cellulose et du papier en Algérie. En d’autres termes, on doit sortir dans cette étude-là avec des recommandations et des orientations à apporter à nos partenaires, les pouvoirs publics, pour favoriser et encourager cette filière. J'ai dit tout à l’heure qu’on parle beaucoup d’encouragements mais qu’on ne dit pas comment. Maintenant, la nouvelle étape c’est de proposer qui pourrait encore développer notre filière et créer plus de valeur ajoutée et plus d’emplois à l’horizon 2022. Et faire passer les acteurs de cette filière du statut d’acteur local à celui de potentiel exportateur, sur des marchés notamment africains et pourquoi pas européen parce que nous exportons vers l’Europe les bobines-mères de papier

 

J’aimerai vous poser la question comment sortir de l’informel. Est-ce qu’il faille interpeller les pouvoirs publics pour qu’ils engagent une guerre contre ce fléau ?

Ce qu’il faut savoir, comme je l’ai déjà dit, l’informel fait son lit sur cette histoire d’import-import, sur ce modèle économique. Si les pouvoirs publics mettent un terme ou décident de réguler l’importation –cet on commence à le sentir – forcément cette masse monétaire qui est en train d’alimenter le secteur informel devra trouver une autre issue, se positionner quelque part. et si nous encourageons l’investissement industriel et si nous mettons des mesures très concrètes, et à favoriser le produit fabriqué localement, à travers des taxes sur les produits importés, et ce n’est pas interdit en importation, à travers des mises en place de quotas d’importations, une sélection et un cahier des charges plus strict et plus rigoureux et l’opérateur-importateur, comme un type d’agrément comme dans l’industrie pharmaceutique, systématiquement, la part de l’informel diminuera, elle ne disparaitra jamais mais diminuera considérablement.

 

Un dernier mot pour conclure M. Habes.

J’ai tendance à passer un message d’espoir. Vous savez on se réveille tous les matins et on vient travailler, dans des usines, on est avec nos employés, on est dans une dynamique de développement. Il ne faut pas avoir peur d’investir. Le cas concret ou la success story que nous connaissons aujourd’hui, cela aurait pu être beaucoup meilleur aujourd’hui, mais le fait de créer de la valeur, de développer des produits, d’être sur un marché, et de se battre tous les matins donne une satisfaction personnelle et le fait aussi de contribuer au développement de notre économie, d’être un acteur. Il y a eu quand même un changement en Algérie ces cinq dernières années. Vous ne pouvez pas imaginer la fierté que nous avons, quand vos pairs et vos confrères vous reconnaissent, quand les multinationales vous reconnaissent au-delà de la richesse personne qui n’est qu’un temps T. la famille Habes que je représente n’est qu’actionnaire dans Faderco, nous pouvons demain disparaitre mais le groupe et le métier resteront. Je dis toujours que Faderco est une entreprise familiale mais dans le sens famille Habes mais dans le sens Faderco et en considérant qu’aujourd’hui les 1700 employés qui interviennent tous les jours pour le développement de l’entreprise font partie de la famille Faderco et non Habes. Et Habes fait partie de la famille Faderco

Merci