Contact
  • Banner Redmed 748x90

Chroniques

Derniere minute

De Périclès à Obama



Depuis Périclès et son fameux «démos-cratos» prononcé devant le peuple grec, voilà plus de deux mille cinq cents ans, la démocratie occidentale n’avait cessé de suivre le cours de l’histoire, cahin-caha.  Car elle n’est pas devenue, du jour au lendemain, un modèle de gouvernance que tout le monde recherchait à tout prix. La première démocratie athénienne n’avait donné le droit de participer à la politique de la cité qu’à la caste des « libres ». Ceux qu’on désignait sous le vocable d’esclaves n’avaient, aux yeux de cette démocratie naissante, aucun droit (ni les femmes d’ailleurs). Rome n’y apporta pas un grand changement. Spartacus, l’esclave, avait défié, en son temps, cette forme de gouvernance romaine. Et, jusqu’à nos jours, aucune femme, ni aux Etats Unis ni en France, n’a eu le privilège à présider, ne serait-ce qu’un court temps, ces pays. En mille ans de monarchie constitutionnelle, la Grande-Bretagne n’a eu que deux femmes comme premier ministre (la deuxième vient d’être désignée après le fameux Brexit, il y a seulement quelques jours).  

  Entre Périclès et Obama ce n’est pas  « l’autoroute » qui lie les deux hommes.  Certes, on parla de république, de représentation du peuple et de sénateurs, mais ce n’était que semblants et simulacres. Entre «démos-cratos» de Périclès et « nous ne voulons ni dieux ni maîtres » de la révolution Française, et le « yes we can » d’Obama, ce sont des siècles de combats, de morts et de sacrifices. Il a fallu plus de deux siècles après la déclaration d’indépendance des Etats Unis, le 4 juillet 1776, pour qu’un homme de couleur devienne président. Et combien en faudra-t-il pour qu’un Cherokee puisse l’être ? 

Ce qui veut dire que la démocratie ne peut se réaliser qu’après un long et lent cheminement – historique. Ce long et douloureux processus, de l’apprentissage du fait démocratique, avait créé, chez l’homme occidental, une nouvelle conscience. Par la pratique, elle devint collective. Les différentes philosophies essayèrent d’expliquer cette « conscience » par plusieurs théories. De la Pax Romana au contrat social, chacun y est allé, avec arguments et preuves, à la conclusion de la représentation populaire comme unique moyen d’arriver à la gouvernance. 

L’homme n’étant pas de nature démocratique, il lui fallait des conditions pour qu’il puisse s’adapter à cette nouvelle façon de gérer sa cité et de vivre tranquillement en communauté. Même si J.-J. Rousseau croyait en l’homme « romantique ». « Il n’y a point de perversité originelle dans le cœur humain », disait-il, mais la réalité, elle, nous enseigne que l’homme a toujours été « homo homini lupus » un loup pour ses « frères » les hommes. Le reste, tout le reste, n’est que littérature, un peu de poésie et beaucoup de politique. C’est avec la pratique de chaque jour que l’homme comprit que sans lui rien n’a d’importance. Et plus l’homme prenait conscience de son importance, plus il se libérait davantage des contraintes qu’il subissait. Et plus il se libérait des contraintes, plus il participait au changement du cours de l’histoire. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen apporta de l’eau au moulin des opprimés dans le monde jusqu’au slogan : « Prolétaires du monde, unissez-vous ! ». 

Mais ce qui semble, de nos jours, un fait accompli et que les occidentaux oublient malheureusement, c’est un long cheminement de la démocratie à travers les siècles. C’est à partir de ce processus que l’homme blanc (l’Européen) a pu accumuler des connaissances, des idées, des concepts, des pratiques qui sont devenus, à la fin, une culture de l’acte de citoyenneté. Et ce n’est que fuite en avant et ruine de l’âme que de croire que la démocratie est un fait politique décrété par un groupe de personnes dans un hémicycle calfeutré. C’est la conscience démocratique qui fait les Constitutions, non le contraire. En vérité, la Constitution n’est que la forme juridique et politique de la démocratie en tant que conscience et culture d’un peuple. Sinon comment expliquer l’échec des démocraties populaires, malgré tous les slogans et autres arguments progresCe qui a instauré la démocratie en Angleterre n’est autre que l’ancrage traditionnel et culturel du fait démocratique dans la conscience du peuple anglais, depuis Cromwell à Churchill.

« Ce n’est pas quelque chose qui s’importe ou qui s’exporte, on ne parachute pas la démocratie… », disait Jacques Derrida, le grand philosophe qui avait tant milité pour un monde juste – où vivraient orientaux et occidentaux en harmonie, en amis, en hommes…

Combien j’ai répété, en étant enfant, la citation : « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». A force  de la relire, il s’est forgé en moi la définition du mot conscience. Et à la fin, j’ai abouti à la conclusion que tout est lié à la conscience. Il n’y a rien sans la conscience ; il n’y a pas d’homme – humain. Il n’y a, surtout, pas de liberté. C’est la conscience qui nous a fait sortir de la caverne de Platon. Et j’espère qu’elle nous conduira vers le soleil de la paix. Car c’est dans la paix que l’homme s’humanise, se spiritualise, crée, invente, devient tolérant, accepte  la pluralité et les autres. 

Nous envions la démocratie occidentale, mais en même temps nous y avons peur. Nous avons peur de perdre le peu qui nous reste – de notre identité. Car nous en avons goutté de cette démocratie – coloniale. 

Sans terreau, la plante ne pousse pas, ou elle donne un arbre rabougri. De même, la démocratie, sans ses appuis culturels, traditionnels, elle ne sera qu’un vague souhait, mal défini qui peut, dans des situations et, comble de l’ironie, engendrer l’effet contraire. 

Inventez-moi le futur. Le vrai. Celui qui donne un sens à la vie de tous les jours pour nous autres les «petites gens». Mais, en ces jours sombres, tous sont malades, gouvernants et gouvernés ; les uns par le vertige du pouvoir, les autres par la soif de la justice. Et les deux sont incompatibles. Ce sont deux parallèles qui ne se rencontrent jamais. 

Mais les Constitutions ont beau miroiter les droits et la transparence, dans la réalité du terrain, c’est tout autre chose. La révolution Française avait bel et bien abouti à la terreur de 1793. 

Et de 1792 à 1871, c’est déjà trois républiques, une monarchie constitutionnelle, deux empires, une décapitation d’un roi, un régime de terreur et la liste est longue. 

La France de  « liberté, égalité, fraternité… » n’est pas venue comme ça, par une baguette magique – institutionnelle ou constitutionnelle. 

On trouve la même devise dans la constitution d’Haïti (?!), mais il n’y a rien à voir entre les deux républiques, n’est-ce pas ?   

Et on aura beau emprunter, calquer ou imprégner, des Constitutions de pays démocratiques, nous n’aurons copié que des textes écrits noir sur blanc, sans âme. Sûrement qu’il y manquera l’humus… historique, psychologique, social, sur lequel repose le socle de la vraie démocratie. Et si telle se présente la démocratie chez quelques Etats, en vérité, ces pays veulent construire une démocratie sans base, ni assise solide. Le plus grand exemple est incarné dans les démocraties populaires, qui n’ont de démocratie que le nom. Pire, ce sont des dictatures. Sans foi ni loi.

Nous constatons par tout ce qui a été dit que la vraie démocratie est un fait historique, avant tout. Un processus, ô combien long, jalonné de sacrifices qui, entassés les uns sur les autres, forment «l’homo-démos-cratos». Et comme l’homo sapiens, il se relève, marche droit, et va vers la lumière – de la liberté. 

Mais comment peut-on arriver à cette démocratie consciente ? Qui va de la base au sommet, et non le contraire. Et doit-on obligatoirement être laïc pour être démocrate ? Et n’y a-t-il pas d’autres moyens pour acquérir les droits et les libertés individuels que dans la société occidentale ? 

Voici des questions que nos spécialistes en la matière doivent aborder sans attendre pour nous faire sortir de cette attente qui n’a que trop duré.

  • Pub Laterale 2
  • Cash