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Situation agricole et alimentaire dans le monde



Durant les 50 dernières années, la population mondiale a été multipliée par 2,4 et la production alimentaire par 2,6. Celle-ci peut donc augmenter, même en phase d’explosion démographique la plus forte.

«La faim est la forme 

la plus aiguë de la pauvreté»

Beaucoup trop inégal pour subvenir aux besoins de toute l’humanité, les études détaillées démontrent combien la pauvreté est la cause fondamentale de la situation alimentaire qui prévaut actuellement sur la planète. En effet, à moins de 3 euros par jours, les gens se privent de nourriture. Or, on dénombre 3 milliards de personnes vivant avec moins de 2 euros par jour, que ce soit en monnaie ou en biens produits ayant pour valeur 2 euros. En dessous de ce seuil, les privations deviennent très sérieuses, et provoquent des maladies pour cause de malnutrition, d’insuffisances alimentaires, ou de carences en micronutriments (fer, iode, carotène, vitamines).

Un tiers de l’humanité vit dans cette situation, puisque nous sommes 6 milliards 500 millions sur la planète.

Suivant les estimations, entre 1 milliard 200 millions et 1 milliard 500 millions de gens vivent avec moins de 1 euros par jour. Ceux-là connaissent la faim, souffrent d’insuffisances alimentaires en micronutriments et en macronutriments (sucre, graisse, protéines). C’est la sous-alimentation chronique. En période de soudure (de 1 à 6 mois, voire 9 dans certains pays), la crise aiguë et la famine peuvent apparaître. La perte de poids et les maladies provoquent la mort.

852 millions de gens ont faim, ce qui représente 37 millions de plus qu’il y a 10 ans. De 1971 à 1994, les chiffres du premier sommet mondial de l’alimentation indiquaient que l’on était passé de 920 millions à 815 millions. Si l’on ajoute les 9 millions de personnes par an qui meurent de faim, l’augmentation aurait été de 90 millions plus 37, soit 127 millions.

Nous pouvons ainsi affirmer que si le nombre de gens qui ont faim diminue, il diminue parce qu’ils meurent. Ceux qui ont faim, sont les pauvres et les plus pauvres. La faim est la forme la plus aiguë de la pauvreté. Ce ne sont pas deux choses différentes. C’est l’impossibilité de produire ou d’acheter ce dont on a besoin pour vivre. On se prive d’abord de chapeau et on finit par se priver de nourriture.

 

Qui a faim ? Et où vivent-ils ?

Sur les 852 millions de personnes qui ont faim, 816 ou 817 millions vivent dans les pays en développement, 27 ou 28 millions dans les pays dits en transition, – c’est-à-dire dans les pays ex-communistes d’Europe –, et environ 10 millions sont dans les pays développés. Alors que la pauvreté avait presque disparu dans les pays développés vers 1975-1980, elle est réapparue sous une forme nouvelle.

Dans les pays en développement, l’Asie en compte le plus grand nombre : 226 millions en Inde, 156 millions en Asie du sud-est, environ 144 millions en Chine. La révolution verte a été appliquée dans ce pays, sans résoudre les problèmes de pauvreté. Elle est liée à la situation alimentaire en Asie.

221 millions de pauvres vivent en Afrique. C’est sur ce continent que les 40 millions de plus seraient apparus au cours des 10 dernières années.

En Amérique latine, on en compte une soixantaine de millions. Et enfin, dans le pourtour méditerranéen, au Moyen- Orient, une cinquantaine de millions.

Chaque année, on peut lire dans des publications que la faim recule. Mais ils font des calculs en pourcentage. Le volume, le nombre, en valeur absolue, ne diminue pas, au contraire ; et je dirais que depuis les accords de Marrakech, il augmente à nouveau.

Très curieusement, ceux qui ont faim ne sont pas des consommateurs acheteurs qui n’auraient pas assez d’argent pour acheter leur nourriture, ce sont des consommateurs producteurs de produits agricoles et de nourriture. 75% sont des ruraux. Parmi eux, 9/10mes sont des paysans pauvres, des ouvriers agricoles mal payés et leur famille. Les 25% restants sont des paysans pauvres et affamés, récemment condamnés à l’exode par la pauvreté et la faim, qui vivent dans des camps de réfugiés ou des bidonvilles. Ils n’ont pas encore trouvé de travail, ni même quelconque solution à leur problème. Cet exode rural représente 50 à 60 millions de personnes par an.

Nous fabriquons donc tous les ans, dans cette époque qui est la nôtre, où les prix agricoles sont particulièrement bas, des paysans pauvres et affamés à la vitesse de 10, 20, 30, 40, 50 millions de plus tous les ans.

Dans un premier temps, ils ont encore faim dans la ville, mais après, l’aide alimentaire y arrive mieux que dans les campagnes.

Le revenu moyen des paysans aux quatre coins du monde, en Afrique ou en Asie, est de 3 à 6 fois inférieurs au revenu moyen des urbains. Ce n’est pas nouveau, ni très original, mais avec les politiques de l’après-guerre, en Europe surtout et dans les pays développés, nous nous étions rapprochés d’une certaine parité ou quasi-parité des revenus des agriculteurs paysans et du niveau de vie des urbains, ou au moins des salariés.

Les statistiques de la Banque mondiale montrent que dans la plupart des pays du monde, le revenu moyen des paysans est souvent inférieur aux salaires des travailleurs non qualifiés dans les villes.

Mais pour comprendre comment nous avons pu fabriquer une telle situation, regardons un peu mieux l’agriculture mondiale et son fonctionnement.

 

L’agriculture mondiale et son fonctionnement

Une agriculture manuelle peu productive et largement majoritaire

Les ruraux représentent encore 53% de la population mondiale. Les agriculteurs, famille comprise, sont 43%. L’écart, à peu près de 10 points, signifie qu’à l’échelle mondiale, beaucoup de ruraux ne sont pas agriculteurs. En France, les non- agriculteurs seront bientôt plus nombreux.

On peut donc évaluer à environ 2,6 milliards le nombre de bouches à nourrir dans les campagnes du monde. Dans la population agricole, on dénombre 1,34 milliards d’actifs, soit la moitié de la population active tous secteurs confondus.

Pour 1 milliard 340 millions d’actifs, on compte 29 millions de tracteurs, soit 2% du nombre des actifs. L’agriculture que vous croyez connaître, n’est qu’une goutte d’eau dans la mer.

250 millions, soit 19 % du nombre des actifs utilisent les animaux pour travailler. Plus d’un milliard de paysans travaillent uniquement avec des houes, des bêches, des bâtons de fouisseur, des machettes, des couteaux à moissonner, des faucilles et des paniers à récolter.

L’agriculture manuelle, sans animaux de trait, sans tracteurs ni machines, est donc dominante dans l’agriculture mondiale. Ce qui ne veut pas dire pour autant que les autres formes d’agriculture à traction animales ou motorisées sont inexistantes ou insignifiantes.

Les statistiques, pays par pays, montrent que les pays dans lesquels les rendements sont de l’ordre de 10 quintaux de céréales à l’hectare, - soit les rendements qu’il y avait en France au début du siècle –, sont peu nombreux et qu’au contraire, dans près de la moitié des pays, le rendement des céréales ne dépasse pas beaucoup la tonne et dans beaucoup d’autres, il est en dessous.

En Afrique, en Amérique latine, particulièrement au Brésil, la moitié des agriculteurs qui travaillent à la main n’ont jamais eu les moyens d’acheter des animaux, encore moins, un tracteur ou une machine puissante ; ils ont du mal à renouveler leurs outils et ne peuvent pas acheter couramment des semences. Ils ressèment les leurs ou les échangent avec leurs voisins. Ils n’ont jamais acheté ce qui est considéré comme la panacée de l’agriculture moderne : l’engrais et les pesticides. Ils sont en agriculture biologique sans l’avoir voulu, et sans que nous leur payions leurs produits plus chers. Cela représente environ 600 millions de paysans dans le monde, soit un milliard de bouches à nourrir.

Le travailleur manuel cultive entre un demi-hectare, un hectare et demi au maximum dans certains types de système de cultures. Ces paysans ont souvent été privés de terres à l’époque coloniale, quand de grands domaines de 1.000, 10.000, 100.000 hectares, ont été constitués. La très grande majorité des paysans sont des paysans sans terre, ou ne possède qu’entre 1/10 d’hectare et 1/2 hectare de terrain à cultiver.

Les « sans-terre » ou les minifundistes sont majoritaires dans presque tous les pays d’Amérique latine, même au Mexique qui a pourtant fait une réforme agraire, en Equateur qui n’est cependant pas le pays le plus inégalitaire du point de vue foncier, au Guatemala, ou encore au Costa-Rica.

C’est aussi vrai en Afrique du Sud, au Zimbabwe, dans certaines régions de l’Inde et des Philippines. Il existe un univers postcolonial, dans lequel la grande propriété des colons, qu’ils soient arrivés il y a 300 ans, ou qu’il s’agisse de certains autochtones, Indiens ou Philippins, est tellement prédominante que la majorité des paysans n’ont même pas un hectare à cultiver.

S’y ajoute les ex-pays communistes d’Europe centrale et orientale où la terre a été privatisée, sans que soient donnés aux paysans les moyens de l’acheter ou de la louer. En Chine et au Vietnam, la terre est restée plus ou moins étatisée, mais ils ont redistribué le droit d’usage aux paysans, de manière assez égalitaire, en tout cas assez démocratique. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’ils ont des surfaces énormes compte tenu de la forte densité de population dans les deltas d’Asie.

Le minifundisme s’est donc généralisé. Tous ces paysans ne sont pas dans la misère, certains arrivent même à fabriquer des systèmes de production très complexes et très productifs, à condition qu’on leur en laisse le loisir.

Nous avons maintenant, une petite idée des liens qui existent entre cette situation agricole et la situation alimentaire.

Mais, essayons de comprendre comment on a fabriqué ces 3 milliards de pauvres, 2 milliards de malnutris et presque 850 millions de sous-alimentés, et comment on en fait mourir 9 millions tous les ans.

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