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Élargissement de l’assiette fiscale et fin des subventions généralisées



L’Algérie a perdu au moins 37 milliards de dollars de ses revenus en devises l’année dernière (2016), en raison de la crise financière qui touche le pays. Dix-huit milliards de dollars seront mobilisés pour financer les transferts sociaux, à savoir les subventions des produits de première nécessité et le soutien au logement et à la santé.

L’ampleur de la crise financière qui frappe l’Algérie depuis trois années est enfin reconnue par le chef de l’Etat. Faisant sienne les recommandations du FMI, il charge le nouveau Premier ministre Abdelmadjid Tebboune de préparer les conditions d’une nouvelle politique économique pour traquer les dépenses superflues, corriger la politique de subventions et enfin chercher l’argenté là où il se trouve.

Le FMI qui a récemment suggéré à l’Algérie une nouvelle «pilule» pour faire sortir l’économie nationale de la crise a été entendu. Pour sortir de cette situation, le chef de la délégation du FMI a conseillé aux autorités algériennes l’élargissement de l’assiette fiscale, la maîtrise des dépenses courantes, discipliner la gestion budgétaire et l’amélioration du climat des affaires et des crédits. Une véritable feuille de route qui peut donner des résultats et permettre à l’économie nationale de «frémir». Sa proposition d’élargir l’assiette fiscale ne sera pas sans conséquences sur le pouvoir d’achat des Algériens déjà malmené par les quelques taxes contenues dans la loi de finances 2017. Pour le responsable du FMI, «l’Algérie affiche un taux de croissance de 3,4% en fin 2016, mais qui vient d’être revu à la baisse, soit 3,2%»

Tout cela s’explique par le choc pétrolier qu’a connu l’Algérie, indique-t-il. Il mentionne le taux d’inflation qui a atteint 6,4% fin 2016, et aujourd’hui a connu une hausse de 8,4% et le taux de chômage a atteint 10,5%, touchant les tranches de jeunes et de femmes, néanmoins, l’Algérie a fini par sortir de cette situation difficile parce qu’elle a des réserves de change – même si elles sont amoindries – avoisinant 112 milliards de dollars.

Les réserves de change ont été estimées à 56 milliards de dollars en 2005, 77,78 milliards en 2006, 110 milliards en 2007 à 138,35 milliards de dollars en 2008, à 147,2 milliards en 2009, à 157 milliards de dollars fin 2010, 188,8 milliards de dollars en 2011, 190, 66 en 2012, 194 milliards de dollars en 2013, 179,9 milliards de dollars en 2014, 152 milliards de dollars fin 2015, 113,3 en 2016 et à 112 milliards en 2017.

Le FMI explique que l’Algérie est appelée à renforcer ses efforts par rapport au choc pétrolier pour redresser ses finances publiques et la promotion du secteur privé, l’élargissement de l’investissement étranger et le soutien à une politique bancaire pour adapter leur gestion financière d’une façon durable et de ne plus se référer aux soutiens liés aux revenus des hydrocarbures. Pour ce faire, le Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune a mis en place une commission technique composée de cadres des ministères de l’Intérieur, la Solidarité nationale, le Travail, les Finances et le CNES. 

Cette commission technique sera chargée d’élaborer un document de travail «dans lequel il sera fait un état actuel des subventions et des propositions pour passer des subventions généralisées aux subventions ciblées». Les experts auront notamment à proposer les produits que l’État doit continuer à subventionner : ceux qui verront la subvention levée progressivement, mais aussi les segments de la société qui continuent à bénéficier du ciblage.

Ces propositions serviront d’appui aux discussions que le gouvernement compte avoir avec les partenaires : sociaux, économiques, représentants de la société civile et académiciens, dans le cadre du dialogue annoncé dernièrement par le Premier ministre devant les parlementaires. Pour rappel, le ministre des Finances avait évoqué une piste de travail dans ce sens en parlant de suppression de l’IRG pour les travailleurs dont le salaire actuel est de 35.000 DA.

Nouveau tour de vis pour les importations

Les effets de la crise financière se font de plus en plus sentir en Algérie. L’inflation monte en flèche et bat des records. Les augmentations des divers produits alimentaires provoquent un effritement inquiétant du pouvoir d’achat des Algériens. Les chiffres sont effarants. Avec une monnaie nationale en chute libre face au dollar et l’euro, une baisse drastique des recettes en devises des exportations des hydrocarbures et une réduction importante des investissements publics, l’économie algérienne entre dans un cercle infernal qui occasionne des dégâts sur les citoyens. Dans une note datée du 4 juillet, l’ABEF (Association professionnelle des banques et des établissements financiers) demande aux banques commerciales de sursoir à «toute domiciliation d’importation de produits alimentaires ou de préparations alimentaires»

L’ABEF s’appuie sur la lettre n°29/PM du 29/06/2017 du Premier ministre. Les produits concernés sont : «Les produits de préparations alimentaires (sauce, ketchup, mayonnaise…), les produits alimentaires (biscuiterie, confiserie, chocolat)», poursuit l’ABEF. D’autres produits non-alimentaires sont concernés par la décision, précise le document de l’ABEF: «Les équipements industriels tels que les transformateurs électriques, le marbre fini, le granit fini, les produits de plastique finis, les articles de plastique finis pour ménages, les produits de robinetterie, les tapis,».

Le président Bouteflika a appelé les Algériens à l’effort et surtout à accepter «souverainement» les reformes impérieuses, pour éviter qu’elle ne soient dictées de l’extérieur : «Dans le domaine économique, notre pays est confronté à un sévère recul de ses revenus extérieurs et à une dégradation de sa balance des paiements extérieurs», écrit le chef de l’Etat qui rappelle que pour le moment «le pays garde intacte sa souveraineté de décision économique et sociale» grâce à l’amortisseur du matelas de devises accumulées pendant les années de vaches grasses. 

Sauf que ces réserves de devises sont menacées d’effondrement, fortement sollicitées à travers des appels de fonds pour les besoins de l’appareil économique public,principal moteur de la croissance et les transferts sociaux. Et à ce rythme, cette soupape de sécurité économique et sociale risque de connaître le même sort que le FRR (Front de régulation des ressources) quasiment épuisé par l’effet du déséquilibre budgétaire structurel. Les perspectives n’inclinent guère à l’optimisme. 

Une «situation qui interpelle chacun de nous», souligne le président Bouteflika qui profite de l’occasion de l’anniversaire de l’indépendance pour renouveler son appel «à notre vaillant peuple à s'atteler davantage à l'effort et à mettre en œuvre, souverainement, les réformes économiques nécessaires».

Il s’agira donc au gouvernement de Tebboune, fort de l'appui du parlement qui vient de lui voter sa confiance de mettre en pratique «ces réformes nécessaires» et aux Algériens d’en accepter le coût social. Le projet «Vision Algérie 2035», un projet lancé par le gouvernement en coordination avec la Banque mondiale pour revoir le modèle économique et faire réapparaître le capitalisme productif comme garant de la croissance et de la création de la richesse en donnant au secteur privé le rôle moteur dans tous les segments de l’économie nationale y compris pour le secteur industriel refait à nouveau surface. La période 2017-2020 n’incite guère à l’optimisme puisque selon la Banque mondiale, dans un deuxième rapport étendu à la grande région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), quant au relèvement du prix du pétrole.

«La phase d’offre excédentaire s’achèvera et un rééquilibrage s’opèrera sur le marché mondial du pétrole au début de l’année 2020, à des prix d’équilibre compris entre environ 53 et 60 dollars le baril», note-elle. Il s’ensuit que selon ce rapport, les subventions sont coûteuses et régressives de l’Algérie (les subventions des carburants et autres représentent plus de 12% du PIB).

Pour avoir un équilibre budgétaire toujours selon le FMI, l’Algérie aura besoin, en 2018, d’un prix de pétrole de 87,6 dollars/baril contre 109,8 dollars/baril en 2015. Conclusion de ce rapport : «l’Algérie sera appelée à vivre le vrai choc financier et économique en 2018, avec des réserves de changes qui se situeront à 60 milliards de dollars». Avec la diminution des réserves de change, la banque d’Algérie sera contrainte de «continuer à dévaluer le dinar pour couvrir artificiellement le déficit budgétaire».